L’usure d’une nuit cœur battant
En sortant de chez toi, j’ai marché. Mon corps était ailleurs. Les mèches encore humides plaquées contre mes joues. Ta peau hâlée, par flashs. J’ai marché comme si une voiture pouvait me rentrer dedans. J'ai développé nos photos tout de suite. Posséder au moins une trace, quitte à ne jamais pouvoir te retenir. Tu ressembles à ce que j’ai connu. Ce que je préfère. J’aimerais te présenter la femme que j’étais à vingt ans, ta peau contre la sienne, le soleil ayant tapé dessus pendant l’été. Voir si elle te plairait, changeant de couleur sous tes doigts. Ton corps n’est que matière. C’est ce que je n’avais pas deviné. Tes traits lorsqu’ils se gorgent, yeux ouverts. Ton visage au moment de l’orgasme, extraverti. Moi, je fronce les sourcils. Le plaisir n’est jamais anodin, c’est une souffrance. L’amour est un instant au sommet d’une balance. Il tangue à la faveur, tremble dans le réel et glisse avant d’être possédé. Ce matin, j’ai laissé ta fumée m’envahir, je t’ai laissé me prendre dans un lit ayant vu d’autres de tes copines. J’ai sorti les mains, crispé les doigts, t’ai fait pipi dessus. Je pleure à chaque fois que je couche. Sur ton palier, en attendant l’ascenseur, jouissante mais nue sans maquillage ni pudeur. Dans la rue, cachée sous la fatigue des dernières heures du matin - l’usure d’une nuit cœur battant - j’ai vu Paris. Je me suis crue à New York, ou dans n’importe quelle ville qui a de l’importance. J’ai vu la femme que j’étais à vingt ans, je lui ai dis maintenant je suis prête à vivre. Je me suis sentie pleine sur le Pont Neuf, planante à Gare du Nord, et complètement paumée en remontant ta rue, me demandant si tu me regardais encore par la fenêtre ou si tu avais commencé ta journée. Te vouloir m’a prit un temps fou, t’avoir me dévore de l’intérieur et te quitter sur ton palier me rend libre.