Poupées Cassées
Un hôtel particulier au cœur de Paris entre les bobos et les prostituées.
Une femme sans âge est appuyée contre le lavabo d’une salle de bain où les fioles et les flacons s’accumulent. Toutes sortes d’objets. Plus personne ne fait la poussière, ici.
Dans le couloir menant au rez-de-chaussée, des tableaux étouffent le mur, ils la représentent sur scène. Toute sa carrière. D’une photo à l’autre, elle est méconnaissable.
Il est midi, on est dimanche. C’est le printemps mais il fait un temps de chien.
Les phrases en italiques traduisent les pensées de Claude.
- Merde. Merde !
Claude laisse tomber un tube de mascara. Elle se fout un doigt dans l’œil (littéralement) et entreprend le massage de ses paupières, gueule ouverte.
Jeanne va voir tes pattes d’oies.
Elle tire la peau de ses tempes vers le haut, écarquille ses yeux devenus noirs.
Tu vas mourir, à quoi ça sert.
En bas, ça sonne. Elle sursaute.
Claude sort de la salle de bain en trombe. Elle trébuche sur les marches, se raccroche à l’un des tableaux. Le verre logeant le sourire de ses trente ans explose. Elle le regarde sans bouger. Ça sonne à nouveau. Évite les éclats jusqu’à l’entrée elle colle son œil contre le Juda.
C’est Jeanne.
Elle ouvre.
- Tiens je t’ai ramené ce que tu préfères (une bouteille de Chardonnay) j’ai trop envie de faire pipi.
- Ah, c’est toi.
La jeune femme entre et file dans l’unique salle de bain, au dernier étage. La bouteille aspire Claude. Ça crie des escaliers.
- Quel temps ! T’as remarqué ? il pleut à chaque fois que je te vois.
Claude ne décolle pas du vin, elle l’ouvre, se siffle un verre. La jeune femme redescend.
- Dis donc, c’est le bazar, ici !
Je vais ranger.
Claude voit les mains de sa fille, ensanglantées.
- Je voulais juste t’aider..
- J’ai dit que j’allais ranger !
Claude attrape un torchon, le mouille puis se démaquille. La jeune femme la regarde.
- Ah oui, c’est pour toi.
Ça sonne.
Cette fois c’est la bonne.
Une très belle fille, identique à l’autre (en mieux) entre.
- Ma chérie, ça fait tellement longtemps.
Elle va pour embrasser sa fille.
- T’es bourrée ?
La première sœur regarde la deuxième. Elles prononcent en temps :
- Nan, folle !
Les sœurs se fendent la poire.
- T’as ramené la pluie, on dirait.
- Comment tu sais ?
- On bouffe ? j’ai la dalle.
- Genre.
Si quelqu’un me ressemblait, je me tirerais une balle.
À table, personne ne mange.